
Le Canada a construit le Pont International Gordie Howe : toutes les sections, tous les câbles, chacun des 6,4 milliards de dollar après que la législature du Michigan ait refusé de contribuer un seul et unique sou en 2012. L’arrangement était simple : nous allions construire le pont et les frais de passage allaient nous rembourser. C’était un “win-win.” L’accord a tenu pendant 14 ans, passant trois présidents, la pandémie, et 8 ans de construction. Et finalement, Donald Trump décide que l’entente est inacceptable.
Suivons maintenant la suite de événements parce que les détails sont plus importants que le résultat. En février, le Président menace de bloquer le pont, qui était terminé, à moins que les États-Unis soient « entièrement récompensés » et « traités avec justice et respect. » En juin, le coupage du ruban est cancellé pour résoudre des « problèmes non-résolus. » Des problèmes non-résolus ? Notre voisin du sud qui retient notre infrastructure en otage ? Alors, au 10 juillet, Ottawa a annoncé la rançon : la moitié des profits nets provenant des péages seraient données pendant une période de 15 ans à un « fonds de développement économique » américain, et les Américains obtiennent un véto, appelé plus politiquement « concurrence » sur comment le Canada ajuste les frais de passage sur le pont, qui appartient au Canada et qu’il a financé entièrement.
Samedi, le Président annonce qu’il a négocié une bien meilleure entente pour les Américains, alors que le Premier Ministre dit que c’est un bon arrangement pour le Canada. Les deux ne peuvent pas avoir raison en même temps. Une des deux négociait; l’autre se faisait taxer.
Ceci n’est pas de la diplomatie. C’est ce qu’on appelle payer un tribut. Et les tributs sont toujours sujets à une même règle : le suivant sera toujours plus élevé.
Si vous doutez de la direction du vent, regardez ce que le Président publie ce matin : une image générée par IA qui le montre dans le bureau de la maison blanche entouré de leaders européens avec une carte qui montre le Canada, le Groenland et le Vénézuéla recouverts du drapeau américain. On ne parle pas d’un gag personnel, d’une erreur de subalterne ou d’un tweet nocturne. C’est le Président des États-Unis, qui juste quelques jours après la capitulation du pont, publie une image qui assujettit le Canada aux États-Unis. Le Vénézuéla est sur cette carte parce que l’armée Américaine s’y est infiltré en janvier de cette année et a capturé son président. Le Groenland s’y trouve parce qu’il a menacé de le prendre par la force et a été dissuadé par les troupes Danoises et Françaises. Le Canada est sur cette liste parce qu’il croit, et avec raison, qu’après les derniers développements nous allons payer tout ce qu’il demande.
Et notez maintenant qui profite de cette prise d’otage. La famille Moroun, qui détiennent le pont rival “Ambassador”, ont passé des années de lobbying pour tuer le projet Gordie Howe pour enfin verser un million de dollars à un comité politique allié à Trump avant de rencontrer le Secrétaire aux Commerce. Le bloc du pont s’en est suivi : appelez-ça exactement ce que c’est.
Maintenant le Premier Ministre se défend en disant que le mot « net » est très pesant dans le texte, c’est-à-dire qu’après le service de la dette, il ne restera que peu de profits à distribuer. Peut-être. Mais le mot « deal » est encore plus pesant ici. Une entente commerciale unit des partenaires commerciaux qui sont libres de s’en dégager. Mais le Canada ici n’est pas libre de se dégager : c’est pour cela que le pont a été bloqué pendant six semaines. Ce que le Canada a signé ici n’était pas une entente entre partenaires, c’était le reçu.
La position du Parti Avenir Canadien est simple ici. Il faut d’abord publier le plein texte de l’entente avant le 27 juillet quand que le pont sera ouvert. Chaque clause, chaque dollar, tous les mécanismes de cette concurrence aux péages canadiens. Le Parlement et le public ont le droit de lire ce qui a été cédé en leur nom. Ensuite, aucun arrangement de partage des revenus ne prendra effet avant le la Chambre de Communes ait tenu un vote à cet effet. Troisièmement, le Canada devrait adopter une doctrine de réciprocité pendant que Washington agit de la sorte : pas de concession sans concession équivalente et vérifiable. Rien pour rien. Jamais.
Quatrièmement, et ceci est le plus difficile : reconstruire le levier que nous avons perdu. La raison pour laquelle nous payons ce tribut est que nous n’avons pas les moyens de l’éviter. Le trois-quart de nos exportations traverse la frontière. Ceci a été le choix des libéraux et des Conservateurs chaque fois qu’un oléoduc comme « Energy East » a été annulé, chaque fois qu’on a laissé un port mourir, qu’on a laissé l’armée rouiller en se disant que la géographie est inévitable. Reconstruisez les ports, développez les corridors est-ouest et financez la défense comme un pays qui veut continuer d’exister. Une nation qui ne peut pas éviter un bully ou se défendre contre lui continuera de payer le prix.
Le pont Gordie Howe aurait dû être un triomphe : un lien commercial entièrement financé par le Canada sur la frontière économique la plus importante en Amérique du Nord, nommé en l’honneur d’un homme qui ne laissait jamais un pouce sur la glace. Malheureusement, son ouverture marquera le jour où nous avons normalisé le taxage de notre propre propriété, alors que l’homme qui collecte affiche des cartes du Canada sous son drapeau.
Aujourd’hui arrive la facture de soixante ans de laisser faire. Nous pouvons continuer de payer, à tous les trimestres, à chaque concession et appeler cela « une bonne affaire ». Ou nous pouvons devenir le pays que personne n’ose taxer. Choisissez.
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